Celeste

Par le dans Tous les tests, 2 en plus

Test Celeste

Même si le petit studio des gars de Matt Makes Games restait sur un coup d’essai très réussi avec leur TowerFall Ascension ( je n’y ai jamais joué, mais vu le succès pour un jeu, de base sortie sur Ouya, je vais croire les critiques) le studio devait encore transformer l’essai avec une nouvelle production. Quoi de mieux pour se distinguer des collègues indés et de partir sur… un plateformer 2D blindé de pixel art et de challenge. Une idée de départ qui peut sembler presque trop classique dans le paysage indé moderne, mais ce n’était sans compter sur la maîtrise et le talent ahurissant du studio sur son nouveau sujet. Sortez votre kit d’escalade et préparez-vous à gravir le mont Celeste et à en ressortir tout chambouler. 

Un peu plus près des étoiles

Celeste nous fait incarner Madeline, jeune fille visiblement très déterminée à gravir le fameux Mont Celeste histoire de se prouver à elle-même qu’elle est capable de réussir quelque chose de grand. Le voyage initiatique de notre héroïne est une magnifique mise en abîme du parcours qui attend le joueur derrière sa manette. Arriver au sommet du mont Celeste ne sera pas chose aisée tant la montagne sera malicieuse et cruelle avec le joueur et Madeline. C’est sans doute là une des plus grandes forces du titre, derrière chaque élément de gameplay que le jeu distribue au cours de ces huit chapitres, se cache un lien avec l’héroïne et un propos fort. Vu que le jeu est sorti il y a deux ans on va pouvoir spoiler sans trop de honte. Donc si vous voulez garder la surprise, on vous conseille de sauter les trois premiers paragraphes. Pour appuyer mes paroles parlons des plumes d’or, durant l’aventure il sera évoqué à maintes reprises que notre chère rouquine est proie à des crises de panique immense. Lors d’un dialogue avec son camarade de grimpette, Théo, une grosse crise de stress interviendra pour notre héroïne. Madeline et le joueur découvriront les fameuses plumes d’or calmant alors ses attaques. Si lors des cut-scène cela sert à faire souffler l’héroïne, lorsque le joueur croisera une plume en jeu cela permettra à Madeline de s’envoler un cours instant, lui permettant de traverser des passages à priori inaccessibles. Et là on tient sans doute la relation joueur-avatar la plus flamboyante du soft : Madeline et le joueur une fois calme peuvent réussir ce qui semble impossible. Si on m’avait dit qu’un plateformer de 2018 serait capable de faire passer des messages via des éléments de gameplay vieux de 20-30 ans…

Et histoire de rester plus flou et vague (et que la critique soit un peu longue pour ceux qui n’ont pas encore fait le jeu), on peut aussi mentionner la fin du sixième chapitre et sa « fusion » qui permettent à l’héroïne et au joueur de totalement exploser les limites de gameplay présentés lors des cinq chapitres précédents… Un acte osé qui se révèle être un coup de maître une fois le chapitre suivant traversé.

Par ses personnages attachants, ses dialogues qui font mouche ainsi que les multiples liens entre le gameplay et l’histoire, le soft arrive à faire passer son message incroyablement fort comme une lettre à la poste. Une quête à priori insurmontable pour le joueur et l’héroïne, la peur d’échouer, la peur de soi-même et de sans cesse décevoir. Oui, aussi fou que ça puisse paraître derrière son ton innocent et léger vu de loin, Celeste est un jeu qui arrive à parler d’un thème fort : la dépression, avec une finesse qui ferait rougir certains développeurs de jeu dit narratif. Il suffit de voir la maestria avec laquelle est mené le chapitre six, entre le dialogue avec Théo, la prise de conscience avec la vieille dame ou alors la double confrontation avec…. on vous garde la surprise.

Coupe au carré

Si le coup de génie de base de Celeste est sa façon d’entremêler idée de gameplay et discours fort, le jeu de Matt Make Games n’a pas oublié de peaufiner ce qui fait un excellent jeu de plate-forme, le sacro-saint duo : jouabilité/level-design. Rien ne semble avoir été laissé au hasard tant tout est maîtrisé. Pourtant tout y est si simple, Madeline est capable de sauter, d’effectuer un dash unique afin d’augmenter l’allonge de ses sauts et enfin de s’agripper au mur à la verticale pour un court laps de temps. À ces mouvements de base viennent s’ajouter des petites idées intégrées au fil des chapitres : des cristaux verts permettant à notre alpiniste de réeffectuer un dash sans remettre pied à terre, des nuages trampolines, des plateformes mouvantes… Inutile de dire que si vous êtes habitués des titres plateformer 2D, vous risquez d’être comme à la maison. Sans doute un des petits regrets du jeu, quand on voit à quel point le jeu peut être audacieux dans sa narration. Il est regrettable que cette audace ne se ressente pas dans les pures idées de plateforme. Mais derrière ce classicisme se cache une maîtrise totale, Madeline répond au doigt et à l’œil et lorsque que tout se passe bien en traversant un tableau du premier coup, le jeu fournit une dose de satisfaction que peu peuvent se targuer de donner. On pourra juste râler contre le fait le jeu reconnait mal les diagonales dashées par notre protagoniste, ce qui peut poser soucis dans la collecte de certaine fraises, les collectibles de jeu, et la réussite des faces B/C qui sont d’une certaine façon les niveaux « hardcore » cachés du soft.

Histoire de continuer dans l’acclamation du travail effectué par les développeurs, un mot sur le level-design brillant du jeu. Comme dit plus haut, chaque chapitre tourne autour d’une idée de plateformer que le jeu va pousser dans ses derniers retranchements que se soit dans l’aventure de base ou dans les nombreux niveaux cachés bonus, les fameuses faces B/C . Jamais des plateformes rebondissantes, des coups de vent ou des propulseurs ne vous auront sentis aussi familiers une fois un chapitre fini, tout cela sans vraiment tomber dans la redondance, même après avoir chuté 30 fois au même tableau. Il est au final dommage que tous ces éléments doivent attendre le chapitre sept pour se voir combinés, comme si chaque chapitre ne devait être que la démonstration d’une idée de gameplay.

Die and (Re)Smile

Par sa vision minimaliste et sans artifice du plateformer 2D, Celeste marche dans les pas de l’ancien enfant prodige de la plateforme indé, Super Meat Boy. L’inspiration ne s’arrête pas là, car comme dit plus haut gravir le mont Celeste sera une vraie épreuve de force tant le jeu est ardu. Mais la difficulté suit une courbe de progression maîtrisée et à la bonne idée de concentrer sa difficulté uniquement sur des tableaux courts de 30 secondes maximum. Rendant ainsi la mort peu pénalisante, surtout si on prend en compte que le respawn après une mort est quasi instantané. Une vision « MeatBoyesque » de la difficulté bien vue et qui rend le sentiment d’accomplissement énorme une fois un chapitre bouclé.

Même si le jeu peut être catégorisé dans les jeux hardcores de plate-forme il ne franchit jamais la barrière du jeu bêtement frustrant qui fait mourir le joueur en boucle sur des pièges inévitables. Si on combine cette difficulté bien gérée au contrôle parfait du joueur sur Madeline on tient un jeu tout à fait possible à finir, en plus le jeu propose moult assistances pour les moins doués du pad : allant de l’invincibilité, au dash illimité… Jamais frustrant et addictif. Le soft propose suffisamment de défi annexe avec les fraises et d’un bon post game avec la chasse au cœur de cristaux et aux cassettes débloquant les faces B. Généreux avec le joueur Celeste l’est incontestablement.

Remix Ultime

Comment parler du soft sans parler de son côté artistique bluffant, que ce soit sa réalisation en pixel-art qui monte en puissance sans cesse : les palettes de couleur des chapitres 4 et 6 sont époustouflantes. En termes de visibilité c’est un sans-faute vu que la chevelure rousse et le manteau bleu de Madeline permettent de ne jamais la perdre de vue dans les décors et arrière-plan bombé de couleurs. Finissons cette avalanche de bons points par l’aspect qui semble avoir le plus marqué de gens ayant touché ou vu un extrait du jeu : sa bande-son réalisée par Lena Raine qui est absolument fantastique. Les moments culminants du jeu n’auraient surement pas eu le même impact émotionnel sans les compositions de la dame. Que ce soit pour ponctuer le mal-être de Madeline, sa montée en puissance ou les phases de gameplay plus speed, tout sonne juste. Et si on ajoute à cela les remix pour les faces B qui se permettent des compositions beaucoup plus rythmiques, on comprend vite pourquoi cet OST a été moult fois récompensé. Pour un nouveau coup d’essai, tout sourit à Matt Makes Games, tenant déjà au bout de deux productions, leur jeu étalon et une référence de la plate-forme 2D. Au sommet, je vous dis.

En matière de succès, Celeste vous demandera pour atteindre les 1000 G de finir tous les niveaux secrets du jeu ainsi que ramasser toutes les fraises placées à des endroits retords. Alors il y a toujours la possibilité de ruser avec les assistances qui ne désactivent pas les succès, mais bon courage à vous tout de même !

Derrière ses airs de « énième jeu indé en pixel-art », Celeste cache un joyau taillé dans les plus belles pierres de la plateforme 2D. Un jeu unique avec son gameplay précis et addictif, une réalisation artistique flamboyante et une musique qui transcende nos moindres faits et gestes. Tout cela au service d’un propos qui tape fort, donnant au joueur des décharges émotives comme on n’en avait jamais vu dans un jeu du genre. Une nouvelle référence tout simplement qui servira surement de mètre étalon pour toutes les prochaines productions du genre. Un jeu qui vous marquera et vous donnera envie de gravir toutes les montagnes qui s’opposent à vous.

Ce test a été permis grâce une version généreusement offerte par…. les Games With Gold de janvier 2019. J’ai savouré le jeu sur une vingtaine d’heures, mais mon skill m’empêche de finir plus de quatre faces B et aucune face C.

Points positifs

  • Gameplay précis et rarement pris à défaut
  • Les multiples liens entre le gameplay et le discours du jeu
  • Des Propos forts et positifs
  • Bande-son 5 étoiles
  • Des idées de plateformes poussées jusqu'au bout
  • Personnages attachants, dialogue touchant et une écriture maîtrisée
  • Direction artistique brillante
  • Une gestion de la difficulté maligne
  • Généreux en secret et en contenu annexes

Points négatifs

  • Les diagonales dashées pas assez précises
  • Système de sauvegardes des face B/C frustrante
9
Atome

Ecrit par : AtomTimmy

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